
Le Centre de Recherches et d'Etudes Interdisciplinaires sur le Développement Durable s'est donné pour fin de contribuer à la mise en uvre du développement durable. Cet objectif ambitieux passe par un travail sur la modification du comportement des acteurs composant la société. Plutôt que de miser prioritairement sur les contraintes réglementaires, sans doute nécessaires, les chercheurs du CREIDD travaillent avant tout avec l’idée de favoriser des comportements coopératifs entre acteurs. Il est nécessaire pour ce fait de réfléchir aux options stratégiques qui permettraient aux acteurs de trouver un intérêt propre à ces comportements coopératifs.
L’écologie industrielle et territoriale est au cur de la réflexion que nous menons sur les stratégies coopératives de développement durable. Fondée sur l’idée que les sociétés humaines gagneraient à inscrire leur action en harmonie avec le fonctionnement des écosystèmes, l’écologie industrielle et territoriale prône des stratégies coopératives de type synergies et symbioses entre acteurs. L’élaboration de ce type de stratégies présuppose une vision systémique du fonctionnement des interactions entre l’homme et la nature, ainsi que des hommes entre eux. Pour y parvenir, le CREIDD vise à mobiliser à la fois des chercheurs en sciences sociales, aptes à raisonner sur les questions de coopération entre acteurs et de meilleure prise en compte d’un univers incertain, et des chercheurs en sciences de l’ingénieur, capables d’appréhender de façon systémique l’innovation technologique, afin de l’orienter vers une meilleure prise en compte des contraintes environnementales et sociales.
Pour ce faire, l’équipe est structurée selon trois thématiques :
La première est centrée sur les sciences sociales. Il y est question de gouvernance, comprise comme moyen de favoriser des comportements coopératifs entre acteurs. C’est vrai en phase d’aménagement du territoire, notamment lorsque des projets d’infrastructures font face à des oppositions de forme et/ou de fond. C’est également vrai lorsqu’il s’agit de disposer d’outils partagés d’évaluation des actions entreprises par l’homme. Dans cette première thématique, il est également question d’anticipation et de gestion des risques, que ceux-ci soient considérés comme environnementaux ou humains. La fiabilité des systèmes d’origine anthropique est un enjeu de taille dans notre société, qu’il s’agisse d’anticiper des risques de malveillance, voire de terrorisme, ou des risques liés au dérèglement que subit la biosphère, du fait de l’accroissement exponentiel de l’impact des activités humaines. Il ne suffit pas de gérer les risques, mais d’en anticiper la nature, de façon prospective, afin d’orienter les sociétés humaines dans un sens plus durable.
La deuxième thématique allie les compétences de l’ensemble de l’équipe et constitue notre cur d’activité, nourri en partie par les travaux issus des deux autres thématiques. Il s’agit de travailler sur les stratégies d’acteurs les plus aptes à répondre aux besoins humains, sans fragiliser la capacité de la biosphère à répondre également dans le futur à nos besoins. Ces stratégies s’élaborent soit au niveau d’une filière, soit au niveau d’un territoire. Le CREIDD travaille à ces deux niveaux. Au niveau territorial, un travail est accompli afin de comprendre comment faire émerger des pratiques inspirées des principes de l’écologie industrielle, qu’il s’agisse d’une zone d’activité, d’une agglomération ou d’un territoire plus large. Au niveau des filières, le travail se concentre aujourd’hui sur les nouvelles relations qu’il est possible de tisser entre les entreprises et leurs clients. L’économie de fonctionnalité apparaît en particulier comme un nouveau « business model » doté d’un potentiel non négligeable pour inciter les entreprises à « dématérialiser» leurs activités. Ces stratégies impliquent toutes de modifier les relations entre acteurs, et ne peuvent être pleinement efficaces qu’à partir du moment où émergent des relations de confiance et de coopération entre ceux-ci.
La troisième thématique mobilise les chercheurs en sciences de l’ingénieur de l’équipe. Les méthodes et techniques d’évaluation des activités humaines, en particulier dans le monde industriel, sont au cur de cette thématique. Parmi celles-ci, l’analyse de cycle de vie tient une place de choix. Plutôt que d’entrer dans les débats sans fin, et à notre avis assez stériles, sur l’usage « politique » de l’analyse de cycle de vie comme outil de comparaison entre produits et services concurrents, le CREIDD s’intéresse à l’outil à usage interne aux entreprises et autres organisations, voire aux filières, en tant que vecteur de progrès environnemental. On entre alors dans une démarche globale d’éco-conception des biens et services, démarche coopérative dont l’appropriation par les acteurs stimule des comportements favorables à l’innovation.
La taille restreinte de l’équipe nous a contraint d’emblée à favoriser des travaux en coopération avec d’autres équipes, en France comme à l’international. Cette contrainte est en ce sens aussi un atout. Ainsi, la grande majorité des doctorats se fait en codirection ou en cotutelle avec d’autres universités et avec des chercheurs d’autres disciplines. L’équipe s’enrichit de ce fonctionnement, qui donne encore davantage de sens à l’esprit interdisciplinaire qui l’anime. De même, rares sont les projets de recherche menés en dehors de toute coopération avec d’autres équipes, soit au sein de l’ICD, soit appartenant à d’autres organismes derecherche.
Je tiens également à signaler le lien important du CREIDD avec la spécialité IMEDD (Ingénierie et Management de l’Environnement et du Développement Durable) du Master Sciences, Technologies et Santé de l’UTT. Ce Master est reconnu en tant que principal lieu de formation en écologie industrielle en France,et comme l’un des principaux en ce qui concerne l’éco-conception àl’échelle nationale. L’apport des étudiants est source de dynamisme pour l’équipe, mais également pour la communauté française élargie (chercheurs, bureaux d’études, entreprises, collectivités locales…) en écologie industrielle. En essaimant vers le monde des entreprises ou des collectivités locales, les anciens étudiants du Master contribuent à la diffusion des concepts de l’écologie industrielle tels que nous les envisageons au CREIDD.

L’équipe du CREIDD a intégré l’ICD en janvier 2008. L’Institut Charles Delaunay, qui fédère l’ensemble des équipes de recherche de l’UTT, mise depuis ses débuts sur la mise en commun des compétences existantes autour de la problématique du risque. Les questions du risque et du développement durable sont bien entendu étroitement imbriquées. Plus qu’un travail autour de la gestion du risque, notre équipe tend à réfléchir aux moyens d’anticiper celui-ci, dans une logique prospective. Cela suppose de travailler sur les causes à l’origine des profonds déséquilibres au sein de notre société. Modifier les objectifs communs aux parties prenantes de la société est fondamental, afin d’enclencher des modifications des comportements en profondeur. Ce n’est qu’à ce prix, considérons-nous, qu’il sera possible de parer les conséquences des risques environnementaux, sociaux et économiques en gestation.